Crise économique, révolution numérique, contrefaçon du métier de la presse,
dérapages des médias grand public sur les sujets de santé, image ternie
du monde médical, monopole de l’indexation des revues en langue anglaise...
La presse des professionnels de santé n’a pas manqué d’être malmenée ces dernières
années au point d’être sérieusement mise à mal, voire d’être menacée...
Et paradoxalement, en 2011, comme les années passées*, tous les lecteurs ont souligné
d’une voix unanime la valeur de l’écrit scientifique en langue française et sa place
dans leur formation continue (84 % des praticiens interrogés reconnaissaient dans
la presse médicale un élément essentiel dans leur formation, devant la participation
à un congrès [73 %], la lecture de manuels [72 %], l’Internet [66 %] et les séances d’enseignements
postuniversitaires [EPU] organisées par les associations professionnelles [51 %]).
C. Damour-Terrasson
Aborder le thème de ce dossier “Grossesse
et cancer du sein”, c’est d’emblée toucher
à des points sensibles avec les connotations
émotionnelles évidentes que ce sujet suscite.
S’y mêlent des notions aussi antinomiques que
la jeunesse, la maladie grave, le projet d’enfant.
L’association grossesse et cancer du sein fait aussi appel au lien étroit entre le cancer du sein et les hormones, souvent diabolisées. De plus, la grossesse
précoce est encensée comme étant quasiment le
seul facteur protecteur de la maladie alors qu’une grossesse tardive créerait un surrisque de la voir apparaître. Ainsi, les natalistes se servent du cancer
du sein comme d’un levier pour inciter les femmes à devenir mère au plus vite : quelle est la réalité de telles assertions ?
Brigitte Raccah-Tebeka, Christian Jamin, Virginie Fourchotte
» S’il est admis depuis 1920 que la parité et l’allaitement sont des facteurs protecteurs de cancer du sein, nous ne
sommes pas actuellement capables de répondre avec finesse à cette question en termes de nombre d’accouchements et de durée d’allaitement.
» Les études récentes commencent à s’intéresser à la durée et au curseur de la parité en fonction des sous-types
histologiques, hormonologiques et génétiques.
» L’Organisation mondiale de la santé recommande une durée d’allaitement de 6 mois pour des raisons pédiatriques
et non carcinologiques.
Aude Recoules-Arché, Virginie Fourchotte
L’association entre le cancer du sein et la grossesse n’est pas exceptionnelle. Elle pose de nombreux
problèmes diagnostiques, thérapeutiques et psychologiques. Le diagnostic clinique et radiologique est plus
difficile, la microbiopsie est très importante. À stade et à âge égal, le pronostic ne semble pas différent de
celui d’une femme non enceinte. La chirurgie est toujours possible, la chimiothérapie peut s’envisager après le
premier trimestre, la radiothérapie doit être différée après l’accouchement, le tamoxifène est contre-indiqué.
Il n’y a pas de raison de contre-indiquer l’allaitement
C. Cuvier, F. Ledoux, F. Coussy, M. Espié
» Actuellement, il n’existe pas de contre-indication particulière à un projet de grossesse post-thérapeutique dans
un contexte de mutation du gène BRCA1 ou BRCA2. Il est essentiel de réaliser un bilan local et métastatique complet
incluant la palpation, l’IRM mammaire, la mammographie et l’échographie mammaire dans les 4 mois précédant le projet de conception.
» L’allaitement est tout à fait envisageable, sans influence sur le pronostic du cancer du sein. Sa durée doit être limitée pour permettre la reprise de la surveillance radiologique.
» Il est souhaitable de réaliser un bilan cardiaque et de surveiller étroitement la grossesse et l’accouchement des
femmes traitées par anthracyclines pour un cancer du sein.
Anne de la Rochefordière
» Impact des traitements du cancer du sein sur la fertilité.
» Influence de la grossesse sur le pronostic du cancer du sein.
» Conséquences des traitements du cancer du sein sur la grossesse ultérieure.
C. Lefebvre-Lacoeuille*, V. Combaud*, L. Catala, L. Sentilhes, Ph. Gillard, Ph. Descamps
» L’aménorrhée chimio-induite est le paramètre le plus utilisé pour évaluer le risque d’infertilité après traitement médical d’un cancer du sein.
» L’âge, le type de chimiothérapie et les doses utilisées sont les facteurs déterminants du risque d’aménorrhée chimio-induite.
» Le cyclophosphamide et les anthracyclines sont à haut risque d’aménorrhée ; l’effet des taxanes et des anticorps monoclonaux n’est actuellement pas bien défini.
» Le projet de grossesse doit être discuté dès la prise en charge initiale du cancer du sein, avant le début du traitement, pour mettre en oeuvre, le cas échéant, les démarches utiles à la préservation de la fertilité.
D. Berton-Rigaud, C. Gourmelon, E. Bourbouloux, S. Sadot-Lebouvier
» La question d'une infertilité éventuelle pourrait être systématiquement examinée avant la chomiothérapie chez les patientes ayant un cancer du sein.
» Les techniques de préservation de la fertilité pourrait être discutées chez les patientes jeunes ayant un cancer du sein.
» La cryopréservation des ovocytes et/ou des embryons peut être proposée aux patientes jeunes ayant un cancer du sein en cas de chimiothérapie adjuvante.
C. Decanter, A. Mailliez
» Le bilan d’infertilité doit concerner les 2 membres du couple et comprend une évaluation de la réserve ovarienne, associée au minimum à un spermogramme en première intention, et une hystérographie.
» Toute assistance médicale à la procréation (AMP) après cancer du sein doit être précédée d’un bilan mammaire et d’extension complet, ainsi que d’une discussion en réunion de concertation pluridisciplinaire.
» Avant une décision d’AMP après cancer du sein, les couples doivent systématiquement être informés loyalement sur leurs chances d’aboutir à une grossesse, et sur les incertitudes concernant l’effet d’une stimulation ovarienne sur le risque de récidive.
Christine Rousset-Jablonski, Anne de La Rochefordière, Pascale This
Ces proliférations vont de l’hyperplasie simple aux carcinomes intracanalaires en
passant par une lésion frontière : l’hyperplasie canalaire atypique. Des images très caractéristiques sont présentées. Il faut garder à l’esprit que ce sont les lésions parmi
les plus difficiles à classer en pathologie mammaire et que des variations minimes dans
l’agencement et l’aspect des cellules peuvent faire changer de catégorie la prolifération.
M.C. Mathieu
Plusieurs questions ont été soulevées au cours
du SABCS 2011 : on retiendra les polémiques
concernant les reprises de curage en cas de
positivité du ganglion sentinelle ainsi que les éventuelles
indications de bisphosphonates en adjuvant.
Par ailleurs, le double blocage de la voie HER2 par le
trastuzumab et le pertuzumab (essai CLEOPATRA)
ainsi que la potentialisation de l’hormonothérapie
par le blocage de mTOR ont fait partie des sujets
qui ont suscité le plus d’intérêt.
Jean-Rémi Garbay, Paul Cottu, Marc Bollet